Affaires Internationales.
Les Investissements Directs Étrangers (IDE) : approche conceptuelle. Par Dr Ben ZAHOUI-DÉGBOU.
Source : Glouzilet News Edition -- (Agence GLOUZILET) Date : 31-12-2025 02:26:11 -- N°: 151 -- Lu : 955 fois -- envoyer à un ami
La Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) de Côte d'Ivoire à Abidjan.

Les Investissements Directs à l’Étranger, ou encore Investissements Directs Étrangers (IDE en abrégé, traduction de l'acronyme anglais FDI (pour Foreign Direct Investment), également appelés par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Investissements Directs Internationaux (IDI), sont les mouvements internationaux de capitaux réalisés en vue de créer, développer ou maintenir une filiale à l’étranger et/ou d’exercer le contrôle (ou une influence significative) sur la gestion d'une entreprise étrangère.
Dans ce sens, deux motivations principales sont à l’origine des IDE : La réduction des coûts (exploitation de ressources naturelles coûteuses, voire impossibles, à transporter ; utilisation d’une main d’œuvre moins onéreuse, d’où la crainte que les IDE puissent participer au mouvement de délocalisation ; optimisation fiscale) ; La conquête de nouveaux marchés, difficiles à pénétrer par les seules exportations.
D’une manière générale, le manuel de la balance des paiements du Fonds Monétaire International (FMI) définit les Investissements Directs É trangers comme différentes opérations financières destinées à agir sur la marche et la gestion d'entreprises implantées dans un pays différent de celui de la maison mère. D’une manière particulière, cette Institution définit l'Investissement Direct É tranger comme une opération effectuée par un investisseur non-résident afin d'acquérir ou d'accroître un intérêt dans une entité résidente et de détenir une influence dans sa gestion.
Dans cet optique, les IDE précèdent généralement l'investissement de portefeuille et accélère le développement des marchés financiers locaux. Ils mettent donc en relation une entreprise (investisseur direct ou maison mère) et une entreprise investie, qu'il s'agisse d'une filiale ou d'une succursale. La Banque Mondiale quant à elle, définit les IDE comme un flux net d'investissement permettant d'acquérir au moins 10 % du capital d'une firme de nationalité différente de celle de l'investisseur. En clair, pour cette institution des Nations unies , les Investissements Directs É trangers sont des investissements internationaux par lesquels des entités résidentes d'une économie acquièrent ou ont acquis un intérêt durable dans une entité résidente d'une économie autre que celle de l'investisseur.
Ici, la notion d'intérêt durable [i] implique l'existence d'une relation à long terme entre l'investisseur direct et la société investie et l'exercice d'une influence notable du premier sur la gestion de la seconde.
L'investissement direct comprend donc à la fois l'opération initiale entre les deux entités et toutes les opérations financières ultérieures entre elles et entre les entreprises du même groupe international. Dans cette dernière définition des IDE par la Banque Mondiale, la notion d’intérêt durable permet de différencier, parmi les mouvements internationaux de capitaux, les IDE des investissements de portefeuille. Ces derniers sont considérés comme des placements internationaux, alors que les IDE impliquent un pouvoir de décision de l’investisseur sur l’entreprise rachetée ou construite à l’étranger.
Il faut préciser qu’un portefeuille est un ensemble d'investissements comprenant un certain nombre d'actifs tels que des actions, des obligations, des bons du Trésor et des liquidités. C’est donc un investissement dans des actifs qui constituent collectivement un portefeuille. Les investisseurs effectuent des investissements de portefeuille tous les jours en achetant des actions, des obligations, des certificats de dépôt et d'autres titres. En un mot, l’investissement de portefeuille est considéré comme un investissement passif dans la mesure où il n'implique aucune activité de gestion dans l'entreprise dans laquelle l'investissement est effectué .
La distinction fondamentale entre IDE et investissement de portefeuille a été introduite dans la littérature en 1960 par Stephen Herbert Hymer [ii] qui montre que l’IDE se traduit non seulement par un transfert de fonds financiers, mais aussi par un transfert de technologie et de capital humain avec du personnel expatriés s’impliquant dans la production à l’étranger. Selon lui, l’IDE est à l’origine de la création des firmes multinationale (FMN) ou sociétés transnationales. A ce niveau, une fois créé, un réseau de filiales se développe à l’étranger. L’activité de la firme multinationale ne se réduit cependant pas seulement aux seuls IDE. Progressivement, la firme va organiser au niveau international ses activités de conception, de production et de commercialisation de ses produits. Pour Wasiu Dihissou [iii] , les relations entre les filiales étrangères et la maison-mère donnent alors lieu à un Commerce International intra-firme de biens et de services, qui ne relève pas des IDE.
Revue de la littérature sur les Investissements Directs Étrangers (IDE).
Une littérature abondante existe sur les Investissements Direct Étrangers. Elle montre en général, à travers des thèses et publications, les relations entre les IDE et le Commerce International. Cette littérature montre en particulier, l’impact des IDE, sur la croissance économique dune grande partie de pays africains hôtes. De ces thèses, et publications, il découle qu’ on distingue dans le Commerce International, les IDE de nature horizontale et ceux de nature verticale. Un IDE horizontal consiste en une simple duplication d’une firme à l’étranger. Dans ce sens, les filiales étrangères produisent des biens identiques à ceux de leur maison-mère. Au contraire, un investissement vertical a pour but de fragmenter les différentes étapes de conception, de production et de commercialisation de ses produits en implantant dans différents pays, des filiales qui produisent des biens intermédiaires et/ou finaux différents.
Cette typologie de l’IDE (vertical et horizontal) fondée sur la logique qui sous-tend la décision et l’objectif de créer des filiales à l’étranger, a été démontrée par James Markusen [iv] . Cependant, la distinction entre IDE horizontal et vertical n’est pas très claire dans la pratique, car selon Stephen Yeaple [v] , les firmes multinationales s’engagent souvent dans des stratégies d’intégration complexes, qui englobent à la fois des formes d’intégration verticale dans certains pays et horizontale dans d’autres.
Dans un travail d’analyse, Noomen Lahimer [vi] montre que l’entrée des firmes multinationales (FMN) dans une économie donnée peut engendrer des effets d’éviction ou de stimulation sur les firmes locales. Selon lui, les effets des IDE sur les investissements domestiques consistent en l’étude des changements structurels de l’organisation industrielle et économique.
La rencontre entre l’offre domestique et la nouvelle offre étrangère est susceptible de créer des effets d’éviction à travers deux mécanismes : les mécanismes de concurrence aussi bien sur le marché des produits que sur le marché des facteurs [vii] ; les mécanismes du syndrome hollandais notamment par un effet dépenses. Marie-Pierre Arzelier [viii] montre dans une analyse que les pays riches en ressources naturelles voient souvent et paradoxalement leur situation économique se détériorer, alors qu’une vision superficielle laisserait penser que cette manne devrait être en principe un facteur de développement. La dégradation de la santé de ces économies porte, dans la littérature, différents noms, le plus connu restant la « malédiction des ressources naturelles ».
Ce constat a donné naissance à un corpus théorique dénommé « syndrome hollandais ». Ce phénomène a été analysé dans les années 1970 suite à la découverte de gisements importants de gaz naturel aux Pays‑Bas. Il faut indiquer que les mécanismes du « syndrome hollandais » et de concurrence sur le marché des produits et des facteurs, opèrent, lorsqu’il s’agit d’IDE dans les industries extractives. Les économies abondamment dotées en ressources naturelles tendent à connaître une croissance économique relativement plus faible par rapport aux économies qui en sont dépourvues. A partir d’un échantillon de 95 pays à travers le monde, Jeffrey Sachs et Andrew Warner [ix] ont montré que les économies présentant de hauts ratios d’exportations de ressources naturelles sur le PIB (1971 à 1989), tendent à avoir de plus faibles taux de croissance.
Cette relation négative entre dotations en ressources naturelles et croissance économique demeurait une fois que Sachs et Warner aient contrôlé les variables traditionnellement considérées comme importantes pour la croissance économique, telles que le revenu par tête initial, l’ouverture commerciale, l’efficacité des institutions gouvernementales ou encore le taux d’investissement. La plupart des pays africains regorgent de ressources naturelles. En dépit de toutes ces richesses dont il dispose, le continent Africain n’en demeure pas moins le plus pauvre de la planète [x] , bien qu’il y ait des différences marquantes entre les pays du point de vue de la croissance. Dans ce sens, l’Afrique impressionne par des contrastes saisissants.
D’après la Banque Mondiale, malgré les revenus croissants dégagées par l’exploitation de ses ressources naturels par les FMN et par les milliards générés par de grands projets d’investissements, 40 % des Africains continuent de vivre en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 2 dollars par jour, un chiffre en augmentation malgré des progrès notables dans certains pays. Pour l’enseignant chercheur, Apoli Bertrand Kameni [xi] , les richesses naturelles qui bénéficient largement des IDE, sont en fait une malédiction qui gangrène les pays africains. Selon lui, elles ont souvent été sources de crises et de tension. Ceci en raison notamment de la corruption et des crises politiques à répétitions qui sont liées à la soif de la classe dirigeante pour le contrôle des richesses et des contrats secrets et obscurs.
Selon les Experts des nations Unies, il n’est donc pas étonnant que l’exploitation des ressources naturelles n’ait eu que très peu de retentissement sur la croissance économique et le quotidien des populations africaines pendant qu’une petite poignée d’hommes de pouvoir en profitent largement avec souvent des retrocommissions pour s’enrichir dans le cadre du Commerce International. Les nouvelles théories du commerce international [xii] soulignent qu’un processus de production peut être divisé en plusieurs étapes. Dans ce cas, la relation entre le Commerce International et les IDE n’est plus une relation de substitution mais une relation de complémentarité puisque les IDE et les exportations de biens intermédiaires augmentent simultanément [xiii] .
Cette question de complémentarité entre IDE et Commerce International a été examiner par un groupe de travail de l’OMC, mis en place en 1996, lors de la conférence de Singapour et ayant rendu ses conclusions deux ans plus tard. Ces conclusions soulignent que cette complémentarité est pour l’IDE, un contexte beaucoup plus fréquent que celui de substitution. Une approche unifiée a été développée afin d’endogeneiser le comportement des FMN dans des modèles d’équilibres général du Commerce International et d’intégrer les deux motifs d’IDE (horizontal et vertical), ce sont les modèles knowledge-capital (KK) développé par Markusen [xiv] . Il suppose que les activités de production utilisent à la fois du travail qualifié et du travail non qualifié en différentes proportions.
Plusieurs publications et thèses sur les IDE en Afrique font également mention des approches initiales comme la théorie des mouvements de capitaux qui assimilent traditionnellement les IDE à des investissements de portefeuille et les expliquent par les différentiels de taux internationaux, c’est-à-dire, par la possibilité de tirer un meilleur rendement du capital investi. Il y a aussi la théorie du cycle de vie des produits développés dans les années soixante.
Elle explique les IDE comme une forme de production pour les produits arrivés à maturité. D’autres approches plus récentes présentent les IDE comme le résultat d’une aspiration à la diversification des risques [xv] . C’est la théorie de John H. Dunning [xvi] qui domine actuellement pour expliquer les IDE. Son paradigme qualifié d’éclectique, publié en 1980 et appelé paradigme OLI, intègre plusieurs approches théoriques. Selon l’auteur, le volume, la répartition géographique et la structure internationale des activités de production d’une firme multinationale dépendent de trois facteurs principaux : les avantages spécifiques de l’entreprise (O pour Ownership), ceux provenant de la location dans certains pays (L pour Location) et ceux issus de l’internalisation des transactions au sein de l’entreprise (I pour Internalization).
[i] La notion d’intérêt durable constitue la clef de voûte du principe des IDE. Sur le plan pratique, l’OCDE et le FMI recommandent que la détention par l’investisseur étranger d’au moins 10% des parts normales ou des droits de vote d’une société par actions ou l’équivalent pour tout autre type d’entreprise dans le pays d’accueil, soit considérée comme la norme qui détermine l’intérêt durable.
[ii] Stephen Herbert Hymer (15 novembre 1934 - 2 février 1974) était un économiste canadien. Ses recherches ont porté sur les activités des entreprises multinationales, ce qui a fait l'objet de sa thèse de doctorat The International Operations of National Firms : A Study of Direct Foreign Investment, présentée en 1960, mais publiée à titre posthume en 1976, par le Department of Economics du Massachusetts Institute.
[iii] Wasiu Dihissou, La relation entre le commerce international et les Investissement Directs Etrangers : cas des pays de l’OCDE. Thèse de Doctorat, Université Côte d’Azur, 20/10/2017.
[iv] James Markusen, "Les limites des entreprises multinationales et la théorie du commerce international ". Journal of Economic Perspectives, N°2. 1995 p : 169-189.
[v] Stephen Yeaple, " Les stratégies d'intégration complexes des multinationales et les dépendances transnationales dans la structure des investissements directs étrangers ". Revue d'économie internationale , 2003, vol. 60, numéro 2, p 293-314
[vi] Noomen Lahimer, " Investissements Directs Etrangers et Investissements domestiques en Afrique subsaharienne : Effets d’éviction ou de stimulation " . Travail d’analyse (2009) Docteur en Sciences Economiques. Université Paris- Dauphine & Université Tunis-El Manar
[vii] Aitken Brian, J. et Ann E. Harrison. 1999. "Les entreprises nationales bénéficient-elles de l'investissement étranger direct ? Preuve du Venezuela." American Economic Review, 89 (3) : 605-618.
[viii] Marie-Pierre Arzelier, « Les modèles de syndrome hollandais et perspectives de recherche ». Ifpo, du 8 octobre 2016. http://bo… . ISBN9782351598030. DOI : https://d… . Marie-Pierre Arzelier est docteur en Sciences Economiques. Aix-Marseille. 199
[ix] Jeffrey Sachs, Andrew Warner. " Abondance des ressources naturelles et croissance économique ", NBER Working Papers 5398, National Bureau of Economic Research, Inc. 1995.
[x] Isabelle Ramdoo. L’Afrique des ressources naturelles. Publié par l’ IISD (International Institute for Sustainable Development) novembre 2019.
[xi] Apoli Bertrand Kameni, Lauréat de la 15e édition du prix " Le Monde de la recherche universitaire " , 2012. Auteur de " Minerais stratégiques. Enjeux africains " , Paris, Presses universitaires de France, 2013
[xii] Dans les années 80, l’approche jusqu’alors dominante est supplantée par « une nouvelle théorie du commerce international » dont l’initiateur le plus connu est Paul Krugman. Paul Bruman est un économiste américain, né en 1953. Il est professeur à l’Université de Princeton et éditorialiste au New York Times. Il est l’un des initiateurs de la « nouvelle théorie du commerce international ». Son analyse des modèles du commerce et de la distribution spatiale de l’activité économique lui a valu d’obtenir le prix Nobel d’Economie 2008.
[xiii] Raphaël Chappini, « Investissement direct à l'étranger et performance à l'exportation » Dans Revue française d'économie 2013/3 (Volume XXVIII), pages 125. 119-164. DOI : 10.3917/rfe.133.0119. URL : https://w…
[xiv] Les modèles knowledge-capital (KK) ou modèles du capital-savoir combinent des motivations horizontales pour l'IDE, le désir de placer la production à proximité des clients et ainsi éviter les coûts commerciaux - avec des motivations main-d’œuvre non qualifiée relativement abondante.
[xv] Thomas A. Zimmermann, « Les investissements directs : évolution actuelle en théorie, pratique et politique ». Dans La Vie économique Revue de politique économique 7/8-2008 L’auteur de cet article est Associé de recherches au SIAW-HSG, université de Saint-Gall; chef de l’état-major du Secrétariat d’État à l’économie SECO, Berne; www.zimmermannthomas.ch
[xvi] Selon Dunning (1993, 2008), les firmes réalisant un IDE peuvent poursuivre quatre finalités distinctes : l'accès aux ressources, au marché, aux actifs stratégiques et/ou le gain de compétitivité. Il est parmi les chercheurs les plus reconnus de sa génération .
Source : Extrait de ma Thèse de Doctorat
Mise en Page et Illustration :
ADJI Dagbo (glouziletnews.com)
Agence Glouzilet
Paris le 30 Décembre 2025.
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